© Dorothée Point
L’iselp (institut supérieur pour l’étude du langage plastique) est un lieu ouvert à tous pour Voir & Comprendre l’art contemporain. Dans la Vitrine, la Boutique, la Galerie, le Studio, l’Atelier et le Parc, les pratiques émergentes de la scène belge et internationale sont présentées par de multiples expositions. Dans l’Auditoire, l’art d’aujourd’hui est expliqué par des cours, conversations, conférences, colloques et projections. Un Centre de documentation en art contemporain donne accès à une importante bibliothèque. Un Café propose un service de petite restauration. Le public rencontre l’art d’aujourd’hui à L’iselp en participant à des activités de monstration (expositions dans les salles d’exposition), de réflexion (cours dans la salle de conférence), de recherche (bibliothèque du Centre de documentation) et d’édition (publications de l’institut). La question de l’art dans l’espace public fait l’objet d’un intérêt particulier de l’institut.
Un institut unique aux approches multiples L’iselp est un depuis l’origine un institut : c’est-à -dire un lieu où l’art contemporain est abordé depuis différents angles de vue s’enrichissant mutuellement. Cette pluralité fait la singularité de L’iselp : ni musée (on n’y rassemble pas de collection), ni centre d’art (on y présente pas que des expositions), nos activités de monstration, de réflexion, de recherche et d’édition se combinent pour rendre compte de l’actualité artistique. Ces approches multiples favorisent la compréhension du travail des artistes qui s’emploient désormais à décloisonner les disciplines : arts visuels/arts de la scène, mais aussi art/sciences humaines et même art/sciences dures. Attentif aux enjeux de l’art actuel, L’iselp pratique donc la transdisciplinarité et le croisement des regards. Un observatoire critique de l’art contemporain L’Iselp favorise aujourd’hui le discours critique sur l’art contemporain et veille à replacer les pratiques artistiques dans leur contexte sociétal. L'art s'est très nettement privatisé ces dix dernières années, réduisant son registre formel à du design plaisant, et éloignant le grand public de ce qui fait son authenticité —à savoir une capacité particulière à observer le monde et à questionner le présent. Face au risque que l'art cesse de faire débat, l’institut doit à l’avenir porter davantage son intérêt sur les artistes résistant au marché et mettre le fruit de ses recherches en partage avec le public pour réfléchir ensemble sur l’évolution de notre société.
Une interface dynamique entre l’art et la vie L’iselp ne se veut pas seulement un lieu pour accueillir le public suivant sa programmation. L’institut souhaite fonctionner aussi comme un point de diffusion vers l’extérieur. Les événements programmés doivent constituer le départ d’une réflexion sur la vie par le biais de l’art, adressée aux gens, à la scène culturelle, au monde politique, etc. L'institut se conçoit ainsi comme une caisse de résonance vers l'extérieur, en développant son rôle d’interface entre l’art et la société. Cette ambition implique de prendre à l’avenir davantage le temps d’une réflexion approfondie en amont des projets, afin d’en développer ensuite toutes les dimensions dans le cadre de nos activités et d’en diffuser enfin toutes les conclusions vers l’extérieur. Un forum d’expression pour l’émergence L’iselp souhaite aujourd’hui promouvoir la jeune scène belge, en se démarquant des autres lieux d’exposition pour éviter de contribuer à ce que les seuls les artistes « à la mode » tournent dans le circuit disponible. Les choix des programmateurs de l’institut seront à l’avenir davantage assumés dans leur subjectivité, en respectant leur capacité à identifier des œuvres/artistes qui ne jouissent pas toujours de la reconnaissance qu’ils méritent. Notre lieu doit montrer des choix curatoriaux affirmés, éviter le spectaculaire et ne pas hésiter à prendre des risques. Dans le même esprit, la forme des expositions s’orientera vers une palette plus flexible, tant dans leur configuration que leur durée. Un lieu de référence pour l’art public Voulons-nous poursuivre cet héritage de l'intérêt de L'iselp pour l'art public ? Oui, totalement. Cet art fondamental de par son ancrage dans le monde extérieur connaît depuis quelques années des changements majeurs : l'espace public devient l'arène où l'art peut à la fois à nouveau toucher le public, le porter ailleurs, l'aider dans ses luttes, et l'ancrer dans son rapport au monde. Nous travaillons à (re)faire de l’institut un think tank de l'art public à Bruxelles dans un premier temps, plus largement ensuite. Ceci à deux niveaux : décisionnel d’une part, en intégrant les principales commissions ; public, d’autre part, en abordant ces questions tant par les activités de réflexion que de monstration ou d’édition de L’iselp. Dans le même esprit, on renforcera le fonds bibliographique et documentaire sur ces matières. Un Centre de documentation majeur Depuis les travaux d’extension achevés en 2011, le fonds généraliste sur l’art moderne et contemporain et le fonds spécialisé en art public ont été regroupés sur le site de L’iselp et forment une seule bibliothèque accessible aux lecteurs dans notre Centre de documentation. L’iselp propose désormais une large bibliothèque de référence en art contemporain, fréquentée par les étudiants, les professeurs et les chercheurs, mais aussi par toute personne curieuse de ces matières. Une place singulière dans le paysage culturel Il n’y a pas deux Iselp à Bruxelles : nous occupons une place unique, car nous sommes le lieu d’une réflexion qui prend forme à la fois en discours, en expositions et en publication. Nous rassemblons la fonction de promotion des artistes contemporains et celle de réflexion sur les enjeux de l’art actuel. En outre, nos choix artistiques se veulent plus audacieux et plus réactifs qu’ailleurs. L’iselp est un des lieux où le contact est le plus régulier, le plus évident, le plus souple entre le public et ceux qui font l’art d’aujourd’hui. L’iselp est sans doute aussi un des endroits parmi les plus ouverts aux propositions extérieures, aux échanges et aux collaborations indépendamment des questions de réputation préalable des intervenants. Une volonté de dialogue avec le secteur L’iselp tend régulièrement des passerelles vers les autres institutions culturelles : des projets sont développés et réalisés en collaboration avec d’autres lieux d’expositions et de réflexions dans le domaine des arts visuels, mais aussi avec les arts de la scène et le monde de l’enseignement, tant francophone que néérlandophone. Nous considérons que ce dialogue avec le secteur est source de progrès dans le développement de l’institut, constitue une garantie de qualité et d’originalité, et permet de brasser le public des institutions concernées avec celui de L’iselp. À l’avenir, nous poursuivrons ce dialogue et serons réceptifs aux demandes de collaboration émanant du secteur —que nous considérons aussi comme une reconnaissance de la pertinence de l’action menée par L’iselp.
Un soutien des pouvoirs publics L’iselp est une asbl privée soutenue par les pouvoirs publics en raison de la qualité de son programme culturel et du dynamisme de ses activités. Le ministère de la culture de la Communauté française, la Commission communautaire française (COCOF) de la Région de Bruxelles-Capitale ainsi que Wallonie-Bruxelles international (WBI) nous octroient aides et subventions de manière récurrente et conventionnée.
L'HISTORIQUE Un projet Fin des années 1960, Gita Brys-Schatan est interpellée par le public des conférences qu’elle donne sur l’art contemporain, à la recherche d’un lieu approprié pour participer à des séminaires et des rencontres réflexives sur cette matière. Elle tira le constat qu’il n’existait alors nulle part un centre spécifique dévolu à la création émergente alors même que « son langage (comme le langage en général) était en jeu et que le problème de la communication se trouvait à l’ordre du jour » . De plus, elle était convaincue que « l’art, l’oeuvre, la création, peuvent et doivent concerner un public plus vaste, plus libre, moins orienté que celui qui hante les vernissages ou autres événements à écho relativement limité ». La création d’un lieu où un public d’horizons variés pouvait accéder à une présentation pertinente du nouveau langage de l’art se révélait donc nécessaire à Bruxelles. La naissance de L’iselp répondait à une demande du public, fondée sur une lacune qu’il s’agissait de combler. Encore fallait-il concevoir en même temps qu’inventer une pédagogie adaptée à ces formes en pleine évolution. Gita Brys-Schatan était visionnaire sur ce plan, convaincue qu’ « il fallait que quelque part le substrat de l’œuvre et son approche perceptive fussent renouvelées », qu’il devenait « impérieux de re-situer l’art dans son contexte originel: la société, sa société. Et de l’appréhender désormais suivant des normes qui n’en seraient plus. C’est pourquoi il semblait pertinent de poser le problème du langage plastique au-dedans de la problématique de l’art ». Comme on vient de le voir, L’iselp est né d’une initiative privée, fondée sur une attente ressentie du public bruxellois dans le domaine des arts plastiques contemporains. Cette indépendance fut en définitive sa force, même si les débuts prirent de ce fait l’allure d’une véritable aventure sur le plan matériel, tant pour l’occupation de locaux destinés à accueillir le public que pour l’obtention des fonds nécessaires au bon fonctionnement du jeune institut. La ténacité de la fondatrice —soutenue par un Conseil d’administration et une équipe ne comptant pas ses efforts—, parvint heureusement à convaincre les pouvoirs publics du sérieux et de la pertinence de l’initiative . Il faut préciser que c’est l’époque où naît la Commission Française de la Culture de l’Agglomération de Bruxelles . Cette Commission fut créée afin de doter Bruxelles d’un outil culturel spécifique pour mener une politique originale, complémentaire à celle du Ministère de la Communauté française en matière culturelle. Or, L’iselp rencontrait dans son projet et ses objectifs tant la volonté de la Commission de mettre en place des structures et des services d’éducation permanente qui manquaient alors à Bruxelles, que le désir de contribuer indirectement au soutien des arts plastiques. Jean-Pierre Poupko, alors Président de la Commission, expliquait que « la rencontre du jeune Institut avec la jeune institution politique, en 1973, nous a convaincus qu’il y avait une possibilité de développer avec L’iselp un instrument culturel inédit, novateur, différent à la fois de l’enseignement de l’Histoire de l’Art, mais qui soit un lieu de diffusion, de réflexion et d’actions concrètes, telles que des colloques et des expositions —à propos des phénomènes plastiques de tous temps et de tous lieux, mais surtout de la création dans la réalité vécue d’aujourd’hui » . Ensuite, ce fut au tour du Ministère de la Culture de contribuer à l’effort mené par l’institut en lui accordant également un subside régulier. Jean-Pierre Poupko encourageait encore L’iselp à « devenir un lieu de réflexion largement tourné vers l’extérieur, en particulier vers l’étranger, en affirmant la portée universelle de l’Art, mais d’autre part s’insérer davantage dans la réalité sociale bruxelloise, en touchant des milieux qui ne sont généralement pas sensibilisés à ce problème ». C’est que L’iselp se voulait dès le départ non seulement un lieu d’étude de l’art contemporain mais aussi un point de rencontre entre artistes, public, spécialistes et amateurs, afin de provoquer une réflexion personnelle et active de la part des auditeurs, passant ainsi de l’éducation permanente à l’apprentissage culturel, dans le cadre d’une « université ouverte », sans diplôme ou examens. Il s’agissait de proposer au public des cours, des séminaires, des conférences et des débats animés par des théoriciens recrutés pour leur connaissance du sujet et leur capacité à transmettre avec évidence leur savoir, sans oublier un sens du dialogue avec leur auditoire. Mais il s’agissait aussi de favoriser la rencontre directe entre « le spectateur de l’oeuvre et son metteur en forme », si bien que L’iselp fut aussi dès l’origine un lieu d’échange —de l’expression d’une admiration à celle d’une opposition— entre les artistes et le public : « de ces rencontres, de ces face-à -face jaillissait fréquemment un contact vrai et une plus grande compréhension assortie d’une sensibilité renouvelée vis-à -vis de l’acte créatif ». Et naturellement, L’iselp proposa bientôt des expositions présentant l’art contemporain, en suivant —fidèle à son esprit— des fils conducteurs singuliers : « la politique de L’iselp en matière d’exposition était la suivante: attirer le public vers une manifestation artistique et le rendre conscient —nous rendre conscients— que tout phénomène esthétique implique des retombées dans la vie quotidienne ». Et au fil du temps se développèrent dans le même esprit des activités complémentaires aux cours et aux expositions : par exemple un festival du film d’art, des colloques internationaux, des visites de musées, des voyages culturels. On citera encore la création d’un Centre de documentation des arts contemporains composé d’un fonds bibliographique, de catalogues et de dossiers d’artistes, sans oublier une diathèque. Enfin, toujours sous l’impulsion de Gita Brys-Schatan —et avec une intuition dont la pertinence ne cessa depuis de se vérifier—, L’iselp porta son attention critique sur les questions d’art dans l’espace public. C’est la création en 1979 des Midis de l’art urbain et de l’Atelier Environnemental : des débats mettant en présence les acteurs concernés par les problèmes des arts plastiques dans l’environnement urbain et rural, par exemple plasticiens, architectes, urbanistes, échevins, pouvoirs de décision, étudiants des écoles d’art et grand public. Ce projet déboucha en 1989 sur la publication d’une revue du même nom, afin de permettre une diffusion et une discussion plus vaste sur base des études entamées par l’Atelier .
Un lieu C’est la même Commission Française de la Culture de l’Agglomération de Bruxelles qui permit à L’iselp de s’installer dès 1975 dans un lieu à la mesure de ses ambitions : les anciennes écuries du Palais d’Egmont (érigé au XIXe siècle), propriété de la Ville de Bruxelles, ont été prises en location et rénovées par la Commission —qui apportait, rappelons-le, les premiers subsides nécessaires à la conduite du projet culturel. Depuis lors, l’histoire de L’iselp est liée à ce lieu magnifique sis au n°31 du boulevard de Waterloo et jouxtant le Parc d’Egmont, dont l’ensemble est désormais classé au registre du Patrimoine grâce à la Commission Royale des Monuments et Sites. Une salle de conférences, souvent convertie en salle d’exposition, fut aménagée dans une moitié du corps principal côté Parc, avec des locaux pour l’accueil du public et de l’équipe. En 1999 s’ouvre un nouveau chapitre architectural quand s’achève une rénovation ambitieuse menée cette fois par le Ministère de la Communauté française —qui, nous l’avons vu, apporta rapidement lui aussi son aide à L’iselp. Ces travaux, qui concernaient cette fois tout le bâtiment, permirent d’ouvrir les portes de l’institut directement sur le boulevard et d’offrir à un public élargi une nouvelle salle de conférences, une grande salle d’exposition, une librairie d’art, une galerie d’art et un café-restaurant. On aménagea aussi des locaux pour une équipe renforcée ainsi qu’un Centre de documentation associé à celui de l’ancien Centre d’Art Contemporain de la Communauté française, désormais géré par l’institut sur le site de la rue des Nerviens, face au Parc du Cinquantenaire. La Ville de Bruxelles accordait alors un bail emphytéotique à la Communauté française qui met depuis ce lieu patrimonial à la disposition de L’iselp. En 2011, c’est toujours grâce à la Communauté française en tandem avec le même bureau d’architecture que L’iselp inaugure pour ses 40 ans plusieurs nouveaux espaces, rendus disponibles par la rénovation du second bâtiment des écuries, en vis-à -vis du corps principal. Cette extension nous permet de disposer d’une nouvelle salle d’exposition, qui se veut ouverte non seulement aux arts plastiques, mais aussi à d’autres disciplines artistiques, telles que la musique, la performance ou la danse. En mezzanine de cette salle, se tient désormais la nouvelle salle de lecture de notre Centre de documentation, dont la bibliothèque —rassemblant enfin les fonds du boulevard de Waterloo et de la rue des Nerviens dans un espace adapté— occupe toute la superficie des combles. Entre les deux ailes qui composent désormais l’institut, prennent place de nouveaux bureaux pour une partie de l’équipe. Cette extension permet en outre la réaffectation des anciens locaux du centre de documentation de L’iselp en une salle de présentation d’œuvres vidéographiques ou numériques, adaptant ainsi nos surfaces d’expositions aux nouvelles modalités de présentation d’un registre d’expression traversant désormais l’ensemble des arts visuels. L’espace d’accueil sur le boulevard est maintenant associé à une boutique de créateurs, présentant des objets originaux en design, joaillerie, céramique, textile et livres d’artistes, tandis que le café-restaurant accueillera chaque année, durant 12 mois consécutifs, l’intégration artistique conçue par le lauréat d’un concours adressé à la jeune création.
En savoir plus…
|